Game Créalab Francophone 2026 : et si ton jeu vidéo représentait le Maroc à Chartres ?
Il est tard. Tu as fermé ton Unity ou ton Godot il y a une heure, mais tu n'arrives pas à dormir. Sur ton écran, un concept qui te trotte dans la tête depuis des mois — une mécanique de jeu originale, une esthétique qui porte quelque chose de marocain, une histoire que tu n'as vue dans aucun jeu. Tu te dis : c'est peut-être pas encore assez solide pour aller plus loin. Tu ranges l'idée. Encore une fois.
Ce type de réflexe, je le comprends. On attend la version parfaite avant de se montrer. On attend d'avoir tout, le concept verrouillé, les assets prêts, le budget ficelé. Et pendant ce temps, l'idée tourne en rond dans ta tête sans jamais prendre son envol.
Le Game Créalab Francophone 2026 est fait précisément pour ça — pour les projets qui méritent d'exister mais qui ont besoin d'un espace structuré pour mûrir.
Pourquoi cette résidence arrive au bon moment pour les créateurs marocains
Le Maroc n'est plus un spectateur de l'industrie du jeu vidéo. Cette affirmation aurait sonné creux il y a cinq ans. Aujourd'hui, elle repose sur des faits concrets.
Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication a lancé deux éditions consécutives du programme Video Game Creator, une formation certifiante de neuf mois encadrée par ISART Digital — la deuxième meilleure école mondiale de développement de jeux. La Morocco Gaming Expo, dont la troisième édition en mai 2026 a enregistré une fréquentation record, est devenue un rendez-vous sérieux qui attire investisseurs et éditeurs internationaux. Et une zone gaming de trois hectares est en cours de construction à Rabat avec un objectif affiché de 5 000 emplois directs.
Ce n'est pas que le paysage commence à bouger. Il est déjà en train de se recomposer.
Dans ce contexte, une résidence internationale comme le Game Créalab Francophone prend une signification particulière. Ce n'est pas juste une opportunité individuelle pour un créateur marocain. C'est une chance de positionner un projet marocain dans un espace de création francophone qui inclut la France, le Luxembourg, la Suisse et la Wallonie. De porter quelque chose qui vient d'ici devant des professionnels et des éditeurs qui, pour une fois, ne te voient pas comme un marché cible mais comme un créateur à part entière.
Je le dis clairement : une opportunité qui ne concerne qu'une seule équipe du Maroc pour cette édition, ça veut aussi dire que la compétition est réelle. Mais ça veut surtout dire que le projet retenu sera pleinement soutenu, financé et accompagné. Et si tu travailles depuis l'Oriental ou une autre région éloignée des grandes villes — ce programme ne te demande pas de déménager. Il te demande de candidater.
C'est quoi concrètement, le Game Créalab Francophone ?
Une résidence d'écriture de concept de jeu vidéo. Deux semaines de travail intensif à Chartres, en France, du 9 au 22 octobre 2026.
Cinq équipes créatives — une par pays ou territoire francophone : France, Luxembourg, Maroc, Suisse, Wallonie — se retrouvent pour travailler sur leurs projets au stade de la conception. Chaque équipe est composée d'un game designer et d'un directeur artistique. Le projet doit être au stade du concept, pas encore en prototypage.
Ce qui se passe pendant ces deux semaines est structuré et intense. Chaque journée de 9h30 à 17h est consacrée au travail en atelier : confronter le concept avec des coachs expérimentés, le tester face aux autres équipes, l'affiner sur les aspects narratifs, artistiques, techniques et de positionnement marché. Des masterclasses en visioconférence viennent compléter le travail sur des sujets spécifiques aux besoins des équipes. Et deux éditeurs de jeux vidéo interviennent en consultation personnalisée pour un retour direct sur chaque projet.
La résidence se termine par une journée à la Paris Game Biz — un événement professionnel majeur en France — où chaque équipe pitche son projet devant un public de professionnels du secteur.
Ce que tu repartiras avec : un pitch deck finalisé, un dossier de projet prêt à présenter à des financeurs, et un planning d'actions clair pour la suite du développement.
Côté logistique : le logement des deux créateurs est intégralement pris en charge. Et chaque projet lauréat reçoit une bourse de 2 000€.
L'organisation met aussi un point d'honneur à l'inclusivité. La résidence accueille tous genres et toutes origines, avec une attention particulière portée aux questions éthiques et de diversité au sein des projets accompagnés.
Ce que tu vas vraiment gagner — au-delà de la ligne sur le CV
Je vais être direct, parce que les discours sur "les compétences" et "l'enrichissement personnel" finissent par sonner creux à force.
Ce que tu gagnes concrètement :
Tu vas passer 14 jours à travailler ton concept aux côtés de coachs qui ont, pour certains, plus de vingt ans d'expérience dans la création de jeux vidéo et le développement de studios. Catherine Cuenca est scénariste professionnelle depuis deux décennies, ancienne administratrice de la SACD. Utku Kaplan a fondé trois studios et travaillé sur des licences LEGO et Disney. Sam Blanc apporte une perspective marché et game design des jeux indépendants. Ces gens vont regarder ton concept non pas avec des pincettes mais avec une exigence bienveillante. Ils vont t'aider à identifier ce qui fonctionne et ce qui fragilise ta proposition.
Tu vas pitcher devant des éditeurs. Pas dans un contexte d'exercice simulé — en vrai, face à des professionnels dont c'est le métier d'évaluer des projets. Cette expérience change quelque chose dans la façon dont tu communiques ton propre travail.
Tu vas te retrouver dans une dynamique internationale — cinq équipes de cinq pays, cinq approches créatives différentes — qui va alimenter ta vision de ce que le jeu vidéo peut être. Les échanges informels entre équipes, les discussions du soir, les regards extérieurs sur ton projet que tu n'avais pas anticipés : c'est souvent de là que viennent les percées créatives les plus importantes.
Et tu vas en sortir avec un réseau. Des professionnels qui te connaissent, des contacts chez des éditeurs, des pairs dans l'écosystème francophone. Au Maroc, on sait que les opportunités circulent souvent par les personnes. Ici, ces personnes s'appellent des intervenants de la résidence, des professionnels de la Paris Game Biz, et les quatre autres équipes lauréates avec qui tu auras travaillé côte à côte.
Ce que ça peut ouvrir : selon le Game Créalab, la résidence aide les équipes à se positionner pour la suite — soit en créant leur studio, soit en collaborant avec des studios existants. Le dossier finalisé en résidence est directement utilisable pour déposer auprès de fonds de soutien internationaux. C'est une porte d'entrée dans un écosystème qui, sans ce passage, reste souvent opaque.
Les obstacles réels — et ce qu'on peut en faire
Je connais les freins qui vont traverser l'esprit de certains en lisant cet article.
"Je ne suis pas encore assez avancé dans mon projet." La résidence cible précisément les projets au stade du concept — pas du prototype, pas du build jouable. Si tu as une direction artistique esquissée, une mécanique de jeu définie et un univers narratif cohérent, tu as ce qu'il faut pour candidater. C'est un programme de maturation, pas une validation de projet déjà abouti.
"Je suis créateur indépendant, pas dans un studio." Les indépendants sont explicitement éligibles. Ce n'est pas un programme réservé aux structures institutionnelles. Il faut pouvoir justifier d'une formation dans le secteur ou d'une expérience professionnelle, mais les autodidactes avec un parcours documenté sont dans la zone de possibilité.
"Je suis à Oujda, à Nador, à Berkane — c'est pas pour moi." Je vais te dire quelque chose que j'observe dans mon travail au sein du Conseil de la Région de l'Oriental : beaucoup d'opportunités nationales et internationales ne circulent pas dans nos villes parce que personne ne fait le travail de les y apporter. L'information s'arrête à Casablanca ou Rabat, pas parce que les programmes sont réservés à ces villes, mais parce que les canaux de diffusion s'arrêtent là. Cette résidence n'a aucune contrainte géographique pour la candidature. Un jeune créateur d'Oujda a exactement les mêmes chances qu'un créateur de Casablanca — si son dossier est solide.
"Je ne sais pas si mon concept est assez 'international'." C'est une des questions les plus intéressantes à retourner. Un projet ancré dans l'imaginaire marocain — une esthétique des villes de l'Oriental, un système de jeu inspiré d'une pratique culturelle locale, une histoire qui se passe dans un Maroc réel ou fantasmé — n'est pas moins international qu'un projet qui imite les références dominantes. Il est différent. Et la différence, dans l'industrie du jeu indépendant, est souvent ce qui permet de se distinguer.
"Mon français n'est pas parfait pour rédiger un dossier." Le dossier artistique demande de la clarté, pas de la prose littéraire. Les critères de sélection portent sur l'intérêt artistique, la faisabilité technique et le profil de l'équipe — pas sur la maîtrise stylistique du français. Rédige avec ce que tu as. Tu peux aussi faire relire ton dossier par quelqu'un de confiance avant de le soumettre.
Comment candidater — les étapes concrètes
La deadline est le dimanche 5 juillet 2026 à 23h59. Les résultats sont annoncés le 20 juillet.
Ce qu'il faut préparer :
Un dossier PDF unique (20 Mo maximum) composé de deux parties principales :
Le dossier artistique (7 à 11 pages — pas plus) :
- Page de titre : visuel, nom du projet, noms des auteurs, plateforme cible
- Fiche d'identité : genre, durée, cible, plateforme de distribution, classification PEGI envisagée, modèle économique
- Pages de développement : narration et univers, mécaniques de jeu, direction artistique (images ou mood board commenté), positionnement marché par rapport à des jeux existants, intentions créatives — pourquoi ce jeu et pas un autre
- Une page sur tes attentes vis-à-vis de la résidence : qu'est-ce que tu veux travailler, où tu bloques, ce que tu espères améliorer
- Présentation de l'équipe
Le dossier administratif :
- CV des membres de l'équipe
- Pour un studio marocain : certificat du Registre de Commerce
- Pour les indépendants : justificatif de domicile, copie de la carte d'identité
Un point important sur les images IA : les visuels générés par IA sont acceptés à condition de le signaler et de créditer le logiciel utilisé. En revanche, les textes produits par IA ne sont pas admis. Le dossier doit être rédigé par l'équipe créative.
Où déposer : via le formulaire officiel sur le site Game Créalab — gamecrealab.com/residence/game-crealab-francophone-2026
Avant de soumettre :
- Relis les critères de sélection : intérêt artistique, faisabilité, profil de l'équipe, niveau d'avancement adapté à la résidence
- Assure-toi de bien posséder tous les droits de ton projet
- Vérifie que ton projet n'est pas une adaptation (sauf exception prévue au règlement)
- Vérifie que ton concept est au stade de l'écriture et non du prototypage — la résidence accompagne la conception, pas la production
Dernière chose
Il y a une seule place pour le Maroc dans cette résidence. Une équipe, deux créateurs, un projet qui va passer deux semaines à Chartres à côté des meilleurs intervenants de l'industrie indépendante francophone. Et ce projet peut venir de n'importe quelle ville du Maroc.
On parle beaucoup, en ce moment, du potentiel de l'industrie gaming marocaine. Les chiffres sont là, les ambitions gouvernementales sont affichées, les événements se multiplient. Mais les industries ne se construisent pas avec des discours. Elles se construisent avec des créateurs qui, un dossier après l'autre, une résidence après l'autre, font exister des œuvres qui portent quelque chose de vrai.
Si tu travailles sur un concept depuis des mois et que tu attends le bon moment — c'est maintenant.
Saif El Arab Ayyoub est titulaire d'un Master en Finances Publiques et membre de l'Open Government au Conseil de la Région de l'Oriental. Il écrit sur les opportunités pour la jeunesse marocaine, la transparence institutionnelle, et le développement de l'Oriental.
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